Quelqu’un pose toujours la question le dernier soir, en général pendant qu’on débarrasse la table : bon, qui doit combien à qui ? Quatre personnes donnent alors quatre réponses différentes, et aucune n’est malhonnête. Elles répondent simplement à une autre question que celle qui a été posée.

La réponse courte. Personne ne doit quoi que ce soit sur une dépense précise. Chacun doit, ou se voit devoir, un seul montant net : tout ce qu’il a avancé, moins tout ce qu’il a réellement consommé. Faites ce calcul pour chaque participant et vous obtenez les soldes. Ensuite, le groupe n’a pas à régler ces soldes dette par dette, parce que la plupart s’annulent : un groupe de quatre peut solder six dettes potentielles en trois virements. Le seul cas où ce rangement ne doit surtout pas avoir lieu, c’est quand plusieurs devises sont en jeu, parce que deux devises ne peuvent pas se compenser sans une conversion qui modifie les montants.

Pourquoi personne n’arrive au même chiffre

Parce que chacun suit la mauvaise moitié du problème. Ce dont vous vous souvenez, c’est ce qui est parti de votre carte : l’hôtel, les deux dîners, le taxi depuis l’aéroport. Ce qui détermine réellement votre solde, c’est ce total moins votre part de tout ce que le groupe a consommé, y compris ce que les autres ont payé pour vous.

Les deux chiffres ne sont égaux que si vous avez payé exactement votre part, ce qui n’arrive quasiment jamais. Dans nos données, un groupe compte en moyenne 3,68 participants et enregistre 21 dépenses. Personne ne garde en tête vingt et une dépenses et les parts de quatre personnes, alors le groupe se rabat sur ce dont il se souvient, et quatre personnes se souviennent de quatre choses différentes.

Qui doit combien à qui, étape par étape

La méthode tient en trois temps, et toutes les applis de partage de dépenses utilisent la même.

  1. Additionnez ce que chacun a avancé. Le montant complet qu’il a payé, peu importe pour qui.
  2. Additionnez ce que chacun a consommé. Sa part de chaque dépense, y compris celles qu’un autre a réglées.
  3. Soustrayez. Payé moins consommé. Un résultat positif signifie que le groupe vous doit ce montant. Un résultat négatif signifie que vous devez au groupe.

Ce troisième chiffre, c’est le solde, et c’est le seul sur lequel toute la table peut tomber d’accord, parce qu’il ne dépend pas de la dépense dont vous vous souvenez. Il a aussi une propriété utile : dans un groupe, tous les soldes additionnés font zéro. Si ce n’est pas le cas, une dépense manque ou quelqu’un a été oublié dans un partage.

Notez ce que le solde n’est pas. Ce n’est pas une liste de dettes envers des personnes précises. Vous ne devez pas à celui qui a payé le dîner, vous devez au groupe. À qui vous virez concrètement de l’argent, c’est une autre question, et elle est bien plus intéressante.

Pourquoi quatre amis finissent avec six remboursements

Une fois les soldes connus, il faut les transformer en virements. Fait naïvement, dépense par dépense, le nombre de dettes explose : dans un groupe de n personnes, il existe n(n-1)/2 paires possibles. Quatre amis, six dettes. Six amis, quinze. Les groupes de quatre exactement représentent 14,8 % de notre base : c’est donc le cas standard, pas un cas limite.

La quasi-totalité de ces virements ne sert à rien, parce qu’ils s’annulent entre eux. Splitwise a expliqué le principe sur son propre blog dès 2012, et ça n’a pas bougé depuis : « si Anna doit à Bob, et que Bob doit à Cathy, alors Anna peut rembourser Cathy directement ». Le billet donne la raison en une ligne : « Moins de paiements, moins d’attente pour récupérer votre argent. »

Mathématiquement, un groupe de n personnes n’a jamais besoin de plus de n-1 virements pour ramener tout le monde à zéro. Quatre amis, trois virements. C’est ce que font les transferts optimisés dans Banana Split, et toutes les applis sérieuses du secteur en proposent une version. Le solde de personne ne change, seul le chemin que prend l’argent est différent.

Dans un groupe de quatre personnes, combien de virements faut-il au maximum pour tout solder ?

Ce qui change quand le voyage traverse plusieurs pays

Ici, le rangement décrit plus haut devient franchement faux, et c’est la partie sur laquelle la plupart des applis se montrent paresseuses.

Imaginons que le groupe dépense des ringgits en Malaisie, puis des yuans en Chine. Vous devez 30 MYR à un ami et un autre vous doit l’équivalent de 12 CNY. Compenser l’un par l’autre semble efficace, mais ça fait discrètement deux choses que vous n’avez pas demandées. Ça choisit un taux de change, à une date sur laquelle personne ne s’est mis d’accord, et ça transforme une dette que vous pouviez régler en liquide sur place en une dette qui doit survivre à une conversion.

C’est plus rare que ne le laissent croire les blogs de voyage, et bien plus lourd quand ça arrive. Parmi les groupes où la devise est enregistrée, 2,21 % mélangent plusieurs devises. Mais 16,4 % de ceux-là dépassent deux devises, un groupe est monté à dix, et ils enregistrent 47,9 dépenses en moyenne contre 21,1 pour un groupe normal. Un voyage multi-pays n’est pas un cas marginal, c’est le plus gros événement que la plupart des groupes suivront jamais.

Banana Split vous laisse donc choisir comment lire les soldes. Dès qu’un événement contient plus d’une devise, un sélecteur apparaît en haut de l’écran des soldes, avec deux options :

  • Converti dans la devise du groupe, le choix par défaut. Un solde par personne, tout ramené à une seule devise au taux du jour. C’est ce qu’on veut quand le voyage se solde en une fois, une fois rentré.
  • Un solde par devise. Le calcul tourne une fois par devise, sur les seules dépenses de cette devise, et les résultats ne se mélangent jamais. Votre dette de 30 MYR reste une dette de 30 MYR. Elle n’est pas annulée par une créance en yuans.

Le second mode conserve tout le reste. Les dettes sont toujours simplifiées, mais à l’intérieur de chaque devise, donc vous obtenez quand même le minimum de virements, devise par devise. L’écran affiche un tableau par devise, et une devise où tout le monde est à zéro garde sa ligne et le dit, ce qui est une information réellement utile : ça veut dire que la Malaisie est close et qu’il ne reste que la Chine.

Une précision honnête : lire les soldes par devise fait partie de l’ensemble multi-devises, qui se trouve derrière l’offre payante, avec un essai gratuit. Mélanger plusieurs devises dans un même groupe est gratuit. Éclater le solde devise par devise ne l’est pas. On a traité tout le problème du multi-devises à part, y compris le volet remboursement, et vous pouvez voir où ça se situe dans la liste des fonctionnalités.

Faut-il rembourser au fil de l’eau ou à la fin ?

À la fin, dans presque tous les cas. Rembourser pendant le voyage revient à convertir deux fois le même argent, et ça masque la situation : tant que des dépenses continuent d’arriver, un solde est un instantané, pas une conclusion. L’exception, c’est la personne qui finit par tout avancer, un cas assez fréquent pour qu’on lui ait consacré un article. Si quelqu’un porte la trésorerie du groupe pendant quinze jours, un remboursement partiel à mi-parcours est justifié, et ça coûte un virement.

Ce qui compte davantage que le moment, c’est que tout soit saisi avant que quiconque commence à calculer. Un solde calculé sur 90 % des dépenses n’est pas juste à 90 %, il est faux, et il est faux d’une manière qui avantage toujours celui qui a oublié d’enregistrer quelque chose.

Si votre groupe s’apprête à faire ça à la dure, sur un coin de nappe, avec quatre personnes qui se souviennent chacune d’une moitié différente du voyage, téléchargez Banana Split et laissez l’arithmétique se faire toute seule. On tient aussi une comparaison honnête de ce qu’on fait et de ce que font Splitwise et Tricount, y compris les lignes où ils gagnent. Et si votre groupe utilise déjà Tricount, voici comment Tricount calcule les soldes et ce qu’il ne sait pas faire.

D’où viennent les chiffres

Les chiffres sur le comportement des groupes proviennent de 186 833 groupes suivis dans Banana Split, comptant chacun au moins deux participants et cinq dépenses, soit 3,95 millions de dépenses au total, export du 15 septembre 2026. Les statistiques de devises sont calculées sur les 35 % de ces groupes où la devise de chaque dépense est explicitement enregistrée : elles décrivent donc les groupes que l’on peut réellement mesurer, pas la base entière. Les données sont agrégées et anonymes. Tout ce qui concerne Splitwise vient de la page citée dans le texte, consultée le 16 septembre 2026.